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Lettre ouverte à Evans Paul, Premier Ministre de la République

Port-au-Prince, ce 2 mars 2015

 

Monsieur le Premier Ministre,

Lors d’une visite de routine au village Lumane Casimir, le projet phare de l’administration Martelly-Lamothe en matière de construction de logements après le séisme meurtrier du 12 janvier 2010, l’équipe de l’Observatoire du logement en Haïti a recueilli des témoignages accablants concernant la gestion de ce site et le respect des droits élémentaires de certains résidents.
Le résultat de notre enquête a été publié sur notre site internet puis repris entre autres par le quotidien national Le Nouvelliste, dans son édition papier du 5 février 2015 ainsi que sur son propre site. Nous sommes donc en droit de penser que vous en avez pris connaissance. D’autant qu’Amnesty International avait également évoqué la situation dans un rapport publié antérieurement.

Pour mémoire, cependant, nous y signalions les faits suivants :
– absence de bail remis aux locataires
– rétention d’un double des clefs par l’unité gestionnaire
– manque de clarté quant au montant du loyer requis auprès de chaque famille
– violences à l’égard des habitants manifestant sur le site pour l’amélioration de leurs conditions de logement.

Sur ce dernier point, nous avons rencontré Fenel Clotaire et Johnny Dauphinay. Ces deux habitants de Lumane Casimir ont été arrêté le 30 juin, sans mandat d’amener, sur l’ordre notoire du directeur de l’UCLBP, juste avant l’organisation d’une manifestation pacifique et démocratique.

Mr Clotaire a passé 7 mois en prison, avant d’être libéré par une ordonnance de non-lieu en janvier dernier. Mr Dauphinay, a, lui, été libéré en août (avant de bénéficier de la même ordonnance de non-lieu) pour raison de santé : il a en effet été victime d’un tir par arme à feu, au sein même de la prison de Croix-des-Bouquets, lors de la fameuse « évasion » d’août 2014. Depuis lors, et malgré cinq interventions chirurgicales, il n’a toujours pas recouvré l’usage de sa jambe.

Les familles de ces deux citoyens (qui dans l’intervalle ont également perdu leur emploi) ont été expulsées de leur logement et ont dépensé toutes leurs économies pour obtenir leur libération de prison. Elles sont aujourd’hui à la rue. Parmi eux des enfants en bas âge, et une mère handicapée, à qui le secrétaire d’Etat aux personnes handicapées avait attribué le logement qui abritait Johnny Dauphinay. Une troisième famille, celle d’un aveugle, que nous n’avons pu localiser, aurait également été expulsée suite à l’expression de revendications sur les ondes radiophoniques.

Nous ne pouvons accepter qu’un tel sort soit réservé à des familles, victimes du séisme et qui, comme toutes les familles haïtiennes, luttent chaque jour pour nourrir et protéger leurs enfants, travaillent durement à l’amélioration de leurs conditions de vie et se mobilisent pour revendiquer le respect de leurs droits.

L’UCLBP, gestionnaire du site Lumane Casimir étant directement rattachée à la Primature, nous vous demandons instamment :
– de faire cesser ces méthodes inhumaines et non respectueuses du droit auquel Haïti a souscrit au travers de sa constitution et de diverses conventions internationales.
– qu’une solution soit trouvée pour le relogement de ces familles jetées sur le pavé par une institution d’Etat et qu’une compensation financière leur soit attribuée pour réparation des préjudices subis.

Ici nous nous adressons autant au Premier Ministre qu’à l’homme politique qui a connu la prison et la torture sous les régimes autoritaires passés afin de vous demander le rétablissement des familles Clotaire, Dauphinay et de tout autre famille victime de ces mauvais agissements dans leurs droits.

Par ailleurs, nous souhaitons ardemment que toute la lumière soit faite sur le village Lumane Casimir, tant sur sa construction par la firme dominicaine HADOM, que sur sa gestion par l’UCLBP, via un audit non partisan.

Nous vous demandons enfin de faire diligence pour qu’une gestion plus adaptée à la situation des habitants du village, en grande majorité victimes du séisme, soit mise en place le plus rapidement possible.

Monsieur le Premier Ministre, nous attendons de vous des réponses urgentes. Nous nous tenons à votre disposition pour toute discussion se rapportant au logement ainsi qu’à la situation particulière des familles évoquées plus haut et nous profitons de l’occasion pour vous souhaiter tous nos vœux de succès, dans l’intérêt et uniquement dans l’intérêt de la nation haïtienne.

Patriotiquement vôtre

Joël Jean-Baptiste
Secrétaire Général de MOSOSAH, association porteuse du projet Observatoire du logement en Haïti

 

[Télécharger et faire circuler notre lettre ouverte a Evans Paul]

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Une association sœur pour Mososah

Ce mois de juin a vu naître une association déclarée au journal officiel du 1er juin 2013. Dénommée « Mososah France », elle a pour objet le soutien de l’association Mososah (Mouvement de solidarité avec les sans-abri d’Haïti) basée en Haïti et née à la suite du violent séisme du 12 janvier 2010.

Ainsi, il s’agit de sensibiliser à la problématique du logement en Haïti et à l’importance de constructions répondant aux besoins de la population, organiser des manifestations de soutien afin de réunir des fonds, obtenir des partenariats auprès de bailleurs et mécènes, gérer les fonds obtenus pour leur transfert à MOSOSAH Haïti.

Cette association est ouverte à toute personne souhaitant participer de quelque manière que ce soit au projet.
La cotisation est de 10 euros par an.
L’ Assemblée Générale se réunira tous les ans au mois d’avril.

Un compte rendu annuel sur les actions de Mososah France sera publié sur le blog de Mososah

Le bureau compte sur la créativité et les compétences de chacun pour donner à Mososah France tout son sens.

Le conseil d’administration est composé de 6 personnes, membres du bureau:

Présidente: Julie Rozé
Vice-présidente: Tatiana Ramos de Lima
Trésorier: Jean-Paul Mignot
Trésorier adjoint: Sandra Mignot
Secrétaire: Carole Perron
Secrétaire adjoint: Sandra Dao

Présentation des membres du bureau:

Julie Rozé, je suis professeur de musique et ancienne volontaire en Haïti (au titre de chargée de développement/ professeur de piano pour l’école de musique Dessaix-Baptiste de Jacmel). J’y ai vécu deux ans de 2009 à 2011. Je souhaite à présent m’investir dans des actions intelligentes de développement pour ce pays.

Tatiana Ramos de Lima, je suis brésilienne vivant en France depuis bientôt six ans. Psychologue, formée en sociologie de la santé, j’ai très envie de connaître Haïti depuis que j’entends Sandra et Joël en parler. J’aimerais avoir un jour l’opportunité de visiter le pays, voire d’y travailler. En attendant, j’ai choisi de soutenir le projet de Mososah.

Jean-Paul Mignot, Je suis le père de Sandra, à l’initiative du projet d’Observatoire du logement (un des nombreux axes de travail de Mososah) qui est en train de voir le jour en Haïti grâce aux généreux donateurs. Je suis cadre commercial, retraité. Je suis arrivé à Mososah France comme donateur (avec mon épouse). Je souhaite que cette association se développe vite et c’est pourquoi j’ai accepté d’en être le trésorier. Merci de votre confiance

Sandra Mignot, je suis journaliste, spécialisée dans le secteur santé/social. Je voyage pour des reportages en Haïti depuis 1999. Et je coordonne le projet d’Observatoire haïtien du logement, projet co-écrit avec Mososah.

Carole Perron, je suis infirmière puéricultrice.
L’adoption de mes enfants en Haïti m’a permis de découvrir et d’apprécier ce pays. Ainsi, je participe depuis plusieurs années via un orphelinat à un programme de scolarisation d’enfants.
Souhaitant soutenir l’action de Mososah en Haïti, et en particulier le volet accession au logement, c’est tout naturellement que je rejoins Mososah France.

Sandra Dao, je suis fraîchement diplômée d’un Master en gestion de projets et évaluation des politiques publiques dans les pays en développement. Je me suis rendue en Haïti en 2012 pour faire une étude sur la « Lutte contre les violences faites aux femmes, avant et après le séisme du 12 janvier 2010 » et je souhaite continuer à réfléchir sur le développement de Haïti.

Pour nous joindre : mososahfrance@gmail.com

Télécharger votre bulletin d’adhésion ici

Quelques chiffres à propos du logement en Haïti

La population Haïtienne était estimée en 2012 à 10,4 millions, avec un taux d’accroissement annuel dans les années 90 de 2,8 %.

Avant le tremblement de terre de 2010, on estimait le manque de logements à 200 000.
Le nombre d’habitations détruites par le séisme reste difficile à évaluer, les estimations varient entre 100 000 et 200 000. C’est donc, au bas mot, 300 000 logements qui font actuellement défaut dans la capitale haïtienne.
Compte-tenu de l’évolution démographique, Mososah estime les besoins à l’horizon 2025 à 1 000 000 de logements.

Les villes haïtiennes accueillaient en 2003 environ 40 % de la population totale. Au cours des années 80/90, la population urbaine a cru au rythme annuel moyen de 5,8 %.

30,0 % des logements ne disposent pas de lieux d’aisance.
Des 70,0 % qui en disposent, la moitié se trouvent en milieu urbain et 5,0 % seulement de ces logements ont un W.C. intérieur.
Seuls 8,5 % des logements sont connectés à l’eau.

Les matériaux utilisés dans la construction des bâtiments sont essentiellement ciment/bloc et la terre. En milieu rural, le matériau « terre » (33,4 %) est le plus utilisé tandis qu’en milieu urbain, le matériau «ciment/bloc » (78,7 %) est le plus important. La toiture des bâtiments est généralement en tôle (69,2 %).

En juillet 2013, 278 945 individus vivent encore dans des camps de personnes déplacées. Plus de 110 000 abris temporaires ont été distribués depuis le tremblement de terre de 2010. Compte-tenu de la taille moyenne des familles haïtiennes ce sont donc au moins 517 000 personnes qui habitent ces logements de fortune(Données OIM).

L’essentiel de ces données sont issues des travaux de l’IHSI

Mososah présente l’Observatoire haïtien du logement

Joël Jean-Baptiste, secrétaire général de Mososah vous explique pourquoi nous jugeons nécessaire la création d’un observatoire indépendant du logement en Haïti.

Mososah a besoin de votre aide pour lancer l’Observatoire haïtien du logement

Développement des bidonvilles, multiplication des abris temporaires, persistance des camps de déplacés mais aussi propriétaires qui ne trouvent pas les moyens de reconstruire leur maison, en Haïti, malgré les milliards promis par l’aide internationale, accéder à un habitat décent reste un rêve pour la majorité des familles.

Pour contribuer à l’élaboration de stratégies cohérentes et de solutions concrètes, Mososah souhaite créer un Observatoire haïtien du logement. Il ne s’agit pas là d’une nouvelle action humanitaire, mais d’un travail d’investigation et d’analyse innovant qui permettra de porter un regard critique sur l’ensemble de la problématique, de développer notre expertise locale et de contribuer à faire exister le citoyen haïtien dans un débat qui se déroule le plus souvent entre les grands bailleurs de fonds et les organisations internationales.

Ainsi, l’Observatoire haïtien du logement que nous vous demandons ici de soutenir s’est fixé pour objectifs spécifiques de :
– collecter, traiter et publier l’information autour de la thématique du logement en Haïti via un réseau de journalistes et de rédacteurs. Observer ce qui se fait de bon et de moins bon, recueillir les témoignages des Haïtiens, recenser tous les projets en cours…
– élaborer un rapport annuel sur la thématique du logement centré sur les priorités documentées tout au long de l’année et proposer des recommandations. Ce document permettra d’analyser les difficultés rencontrées et les facteurs de succès, d’évaluer les progrès, de signaler les échecs, de décrire les grandes tendances et d’attirer l’attention sur les urgences.
– construire à terme un réseau d’organisations et d’acteurs intéressés par la problématique du logement et désireux de faire remonter et médiatiser tant leurs difficultés locales que les solutions qu’ils mettent en place.

Pour soutenir notre projet, vous pouvez faire un don :

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Qui sommes-nous ?

Mososah réunit des individus, citoyens haïtiens ou amis d’Haïti, émanant de tous les secteurs de la société civile, de tous les milieux sociaux, pour certains urbanistes, ingénieurs, architectes, pour d’autres sans aucun rapport avec les métiers du bâtiment. Pour quelques-uns propriétaires d’un domicile, pour d’autres, sans-abri ou mal logés. A travers Mososah, rassemblement libre de toute affiliation politique, nous avons souhaité réfléchir ensemble aux moyens qui pourraient nous permettre de bâtir une nouvelle Haïti, dès le lendemain du séisme.

Notre bureau est actuellement composé de :

Joël Jean-Baptiste, Secrétaire général
Il a géré des projets dans les domaines de l’agriculture, de la pêche, de captages de sources d’eau potable, d’éducation, de citernes de récupération d’eau de pluie etc. Cadre de l’administration publique , il a été coordonnateur de la fête du Tricentenaire de la ville de Jacmel, conseiller spécial du maire de Jacmel et du Plan de développement du tourisme du département du Sud-est puis directeur de cabinet du ministre de la Justice et de la Sécurité Publique. Il est également actionnaire-fondateur d’une société de génie civil.

Jacques Amand, Trésorier
Chargé de mission au cabinet du directeur général du ministère de la Communication, il a également travaillé dans le secteur de la santé. Il a vécu et travaillé 10 ans aux Etats-Unis comme auxiliaire-infirmier. il est rentré au pays à la veille du tremblement de terre du 12 janvier 2010, pour finalement décider de s’y réinstaller définitivement afin d’aider et de s’engager dans la lutte pour la reconstruction d’Haïti et la construction de l’homme haïtien.

Frantz Deus, Conseiller principal
Enseignant et travailleur social, il partage son temps entre les écoles secondaires de la capitale et l’accompagnement social des plus démunis. Il est souvent appelé comme consultant, par les ONG qui souhaitent travailler dans les quartiers défavorisés.


Pour nous contacter :

MOSOSAH – Mouvement de solidarité avec les sans-abri d’Haïti
40, rue d’Orléans – Jacmel, Haïti

(+ 509) 3799 5053

mososah@gmail.com

Sandy sème le deuil et la destruction

Une tempête sème à nouveau le deuil en Haïti. A Grand-Goâve, une mère et ses quatre enfants ont péri dans l’effondrement de leur maison. A Carrefour, un homme est mort dans les mêmes circonstances. A Fonds-Verrettes, un autre, handicapé, s’est noyé dans l’inondation de son logement. Au total et à ce jour, 54 personnes ont perdu la vie et 21 sont portées disparues, selon la Protection civile haïtienne. L’office de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies estime également que 15 000 à 20 000 foyers ont été complètement détruits, endommagés ou inondés. Et l’on craint que ce bilan dramatique ne s’alourdisse encore. Il y a tout juste deux mois, Isaac, déjà, avait provoqué 24 décès, 3 disparitions et la destruction de plus d’un millier de foyers. Mososah tient à présenter ses condoléances à toutes les familles endeuillées.

Les deux perturbations sont pourtant passées au large d’Haïti. Que se serait-il produit si le pays s’était trouvé en plein cœur de leur trajectoire ? Qu’attend l’Etat pour protéger réellement ses citoyens ? Car ces destructions sont incontestablement le résultat de la dégradation continue de l’environnement haïtien, d’une urbanisation incontrôlée et de l’absence d’encadrement du secteur de la construction.

Depuis le 12 janvier 2010, Mososah milite pour qu’une réelle politique de l’habitat soit mise en place en Haïti. Près de 3 ans après cette catastrophe, et alors que chaque année tempêtes tropicales et cyclones se succèdent, beaucoup trop d’Haïtiens sont encore victimes du mal-logement qu’ils survivent sous des tentes, dans des bidonvilles, des abris temporaires ou toute zone à risque. Cette situation a des conséquences sur leur santé, leur sécurité physique, l’éducation des enfants, la dignité des familles.

L’Etat doit se mobiliser sur cette problématique. Il ne suffit pas de préparer des abris d’urgence et de distribuer des kits ou des aides alimentaires une fois la catastrophe passée. Mososah en appelle à l’administration publique, au Gouvernement, aux élus. Tous doivent concentrer leurs forces afin d’élaborer un plan d’aménagement du territoire incluant un plan national de logement. Enfin, le reboisement et la préservation de l’environnement, qui permettront de réduire considérablement l’impact des intempéries, doivent figurer au premier rang des priorités.

Ensemble, concilions nos efforts afin de rendre Haïti plus forte, plus à même de faire face à toutes les catastrophes naturelles à venir.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à contacter Mososah au (509) 3799-5053 ou à l’adresse : mososah@gmail.com.

Sauvés pour servir, Ansan’m nap konstwi yon lòt Ayiti

Lancement de la Koperativ Lojman Sidès

Ensemble pour accéder à un logement sûr et de qualité

La coopérative d’épargne, de logement et de crédit aux petites et moyennes entreprises (CEL-CPME) du Sud-Est a été officiellement lancée le dimanche 4 décembre, à Jacmel. Cette initiative, qui émane du Mouvement de Solidarité avec les Sans-Abri d’Haïti, se décrit comme « la première réponse positive et organisée de la société civile haïtienne après la catastrophe du 12 janvier 2010 ». Elle est la première d’un réseau de coopératives départementales que l’association entend développer dans les mois et les années à venir. L’objectif premier : collecter l’épargne des membres (également appelés sociétaires) pour leur donner accès à des emprûnts à taux préférentiel. Ainsi, la CEL-CPME de Jacmel permettra à ses adhérents d’accéder à des crédits-baux immobiliers.

L’initiative plonge ses racines bien avant le 12 janvier, via la prise de conscience d’un petit groupe de citoyens. A Jacmel, il se réunit chaque dimanche, de manière informelle, pour évoquer les problèmes politiques du pays. Tout naturellement, les difficultés croissantes de l’accès au logement surgissent dans les discussions. « Les paysans descendent de façon massive dans les villes en pensant que le travail et la vie y sont plus faciles, souligne Pierre-Guillaume Byron, président de la Koperativ Lojman Sidès, enseignant et employé à la Direction générale des impôts. Certains vendent un morceau de terre pour acheter une moto et faire le taxi en ville. Mais où et comment vont-ils se loger ? » Depuis plusieurs dizaines d’années, cet exode rural se dirige vers les villes, puis les chefs-lieux des départements et enfin Port-au-Prince, pour aboutir dans des logements surpeuplés et des quartiers non adaptés à cet afflux de population. « Nous avions fait ce constat, mais notre petit groupe informel voulait se détacher de la discussion politique pour créer quelque chose de plus social, se souvient Pierre-Guillaume Byron. C’est alors que le 12 janvier est survenu. »
Ces mêmes citoyens tentent dans un premier temps de venir en aide à ceux que la catastrophe a laissé les plus démunis. « Moi, j’ai eu de la chance, explique Joël Jean-Baptiste, membre du conseil d’administration de la Koperativ, secrétaire général de Mososah et spécialiste en développement, je n’ai pas perdu de proches, seulement quelques biens matériels. Alors depuis le 12 janvier, 4h57, je me suis engagé à servir. J’ai contribué à l’organisation du camp de la primature, j’ai participé à la commission de gestion et distribution de l’eau, etc. » Dans le même temps, la réflexion du petit groupe se structure et vient s’enrichir de celle d’autres participants, urbanistes, géographes, architectes ou tout simplement pères et mères de famille… « C’est ainsi qu’est né Mososah, résume Joël Jean-Baptiste. Parce que nous avons réalisé que les camps n’étaient pas un phénomène provisoire, que la situation du logement allait se trouver aggravée pour longtemps et que l’Etat n’avait aucun plan pour l’améliorer durablement. »
Le 30 décembre 2010 est donc fondé le Mouvement de Solidarité avec les Sans-Abri d’Haïti, autour d’un manifeste pour un véritable plan de logement à développer dans les 15 ans à venir. Les réflexions menées au sein de l’association et les rencontres avec des experts concluent que 800 000 logements supplémentaires sont nécessaires à l’horizon 2025 pour  héberger dignement l’ensemble de la population haïtienne et faire face à la croissance démographique. Ces logements devraient idéalement être répartis sur tout le territoire national, via la création de 400 villages, dans des sites protégés de tout risque environnemental et selon des normes de construction rigoureuses. Bien-sûr, Mososah ne sera pas le maître d’ouvrage du projet. « Notre premier objectif est de sensibiliser le gouvernement et la population, résume Joël Jean-Baptiste. Ensuite, c’est à l’Etat de se saisir de ce plan.»
Dans un second temps, les membres de Mososah réfléchissent à la mise en place d’outils concrets pour progresser vers leur objectif. C’est alors qu’émerge l’idée de coopératives d’épargne et de logement, dont la première née sera donc celle de Jacmel, enregistrée officiellement auprès des services de l’Etat le 30 août 2011. Encadrées par la loi, ces structures économiques sont actives dans de nombreux secteurs de la société : accès à la scolarisation, entreprenariat, agriculture, etc.

Koperativ Lojman Sidès s’adresse, elle, aux épargnants qui ont un projet de construction en vue, quelle que soit la dimension de leur projet. « Mais beaucoup de nos premiers adhérents ont déjà leur propre maison, explique Jacques Jean-Pierre, président du comité de surveillance et directeur dans le secteur des médias. Ils ont simplement décidé de nous confier leur épargne afin d’aider les autres. Nous devons nous associer pour que chaque homme et chaque femme puisse vivre de manière digne. » Dans tous les cas, les projets de construction devront être validés par des experts de Mososah, tant pour la sécurité du terrain choisi que pour la qualité du bâti. « Nous ne laisserons ps construire n’importe quelle maison, insiste Jacques Jean-Pierre. Chacun doit pouvoir construire sa maison, quels que soient ses moyens mais dans le respect des normes parasismiques et paracycloniques. » Par ailleurs, les prêts consentis pas la coopérative concerneront également le financement de l’installation de professionnels dans les villages ou les quartiers qui seront construits à partir de cette épargne, selon le plan de Mososah.

La coopérative est ouverte à tous les épargnants en mesure de s’acquitter de frais d’inscription de 100 gourdes et d’une part sociale de 500 gourdes. Chaque sociétaire fixe ensuite le rythme de son épargne en fonction de ses revenus et de son projet. Il ne s’agit donc pas de réaliser des miracles. « Nous prêterons à ceux qui peuvent rembourser, résume simplement Ronald Joseph, le directeur général bénévole de la Koperativ Lojman Sidès. » Pour les plus pauvres, il reviendra à l’Etat de s’engager, des ONG ou des organisations internationales en feront de même. Des partenariats seraient d’ailleurs déjà à l’étude, même si la CEL-CPME ne souhaite pas encore divulguer ses contacts.

Mososah n’oublie pas non plus que les habitants des camps n’auront pas accès aux services de la coopérative. Pour l’heure, le mouvement s’engage déjà à relayer leur parole et révéler leurs conditions de vie. « Chaque jour, on raye des noms, explique Joël Jean-Baptiste. On nous explique que le nombre d’habitants dans les camps diminue, mais où vont-ils ? » Avec les quelques milliers de gourdes qui leur sont donnés en échange de leur départ, quand ils ne sont pas expulsés manu militari, quel toit peuvent-ils poser sur les têtes des membres leur famille ? A l’occasion du lancement de la Koperativ, Mososah avait donc également convié Ruben Calixte, qui, après avoir quitté la place de Jacmel pour le camp Pinchinat se trouve désormais exilé dans celui de Baudouin, à la périphérie de la ville. Ce contremaître, qui a perdu son fils aîné dans le séisme, peine depuis à retrouver un emploi. Ses diplômes ont disparu avec son logement, et l’entreprise qui l’employait a quitté la région… Il désespère de trouver de l’aide auprès de l’Etat. « Pour moi, l’Etat n’existe même pas, puisqu’il ne nous reconnaît pas en tant que citoyens, a-t-il résumé tristement. Il nous maltraite en nous proposant 10 000 gourdes pour nous faire partir et ce faisant il en profite pour détourner des fonds. » Pour Ruben Calixte, seul un emploi ou le développement des activités de la coopérative envers les plus pauvres permettra de trouver des solutions adaptées à ceux qui vivent encore sous des bâches.

Pour l’heure, Mososah et Koperativ Lojman Sidès vont continuer à diffuser leur message. Une soixantaine de sociétaires auraient déjà rejoint les rangs de cette banque communautaire. Seuls deux représentants politiques avaient répondu à l’invitation le 4 décembre dernier : Lucien Daniel (section communale Michineau de la commune de Cayes-Jacmel) et Alexandre Appolon (section communale Ternier, délégué par la mairie de La Vallée de Jacmel). Aucune des ONG et organisations internationales oeuvrant dans la région et dûment conviées n’avait fait le déplacement. Pourtant, les représentants de deux autres institutions de crédit jacméliennes, les caisses Espoir et Succès, reconnues de longue date pour la qualité de leur travail, ont très vivement encouragé l’initiative de Mososah. « Koperativ Lojman Sidès répond à un besoin fort, a salué Hébert Lahatte ancien président et fondateur de la caisse Succès. Il vous faudra du courage, de la rigueur et les débuts seront difficiles, mais je suis sur et certain que vous êtes sur la voie de la réussite. »

Lucien Déraillot

(article publié le dans Le Nouvelliste des lundi 12 et mardi 13 décembre 2011)

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40, rue d’Orléans – Jacmel, Haïti

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Le manifeste de MOSOSAH

Depuis le 12 janvier 2010, la population haïtienne dans son ensemble est plongée dans une longue nuit, une descente aux enfers, faite de douleurs, de désespoirs et d’inquiétudes. La presse nationale et internationale en a grandement témoigné.
La seule lueur d’espoir réside dans la solidarité que vous avez montré les uns envers les autres sur le terrain et dans l’amitié et la générosité des amis de la diaspora et de l’international.
Cela a permis à certains d’entre nous de rester en vie et de garder l’espoir qui nous commande aujourd’hui de nous regrouper au sein de l’association Mouvement de Solidarité avec les Sans-abri d’Haïti (MOSOSAH) afin de mieux réfléchir sur l’avenir d’Haïti à moyen et long terme et de participer à la nouvelle construction du pays.
Nous ne voulons pas léguer aux générations futures l’héritage de ces moments de désespoir qui  nous ont tenus aux abois et dans des convulsions où les affres des défis vont toujours  croissant. Aussi pensons-nous fortement qu’il est temps de repenser Haïti autrement après le séisme de 2010. Il est grand temps de rendre possible ce qui nous paraissait jusqu’alors impossible.

Un séisme particulièrement meurtrier
Nous croyons que les grandes crises offrent toujours de grandes opportunités pour se ressaisir, à condition d’être capable de se dépasser, de voir grand et plus grand encore.
A la lumière des études sur les séismes qui ont déjà frappé Haïti, sur ceux qui ont frappé douloureusement d’autres parties du monde, d’autres peuples et plus récemment  celui qui a meurtri le Japon, nous concluons que ce sont les mauvaises conditions de logement, l’absence de règlements d’urbanisme adaptés, le non-respect des règles minimales adoptées, le mal bâti généralisé qui sont à l’origine du nombre considérable de décès et de blessés consécutifs au tremblement de terre du 12 janvier 2010. Ce ne sont pas les catastrophes naturelles qui tuent le plus, mais les conditions de vie réservées aux populations dans les proximités des zones à risques.

Le séisme du 12 janvier, d’une magnitude de 7.3 sur l’échelle de Richter, non suivi de tsunami aurait fait officiellement 320 000 morts. En comparaison, le tremblement de terre du 11 mars 2011 au Japon, d’une magnitude de 9.0 sur la même échelle, suivi d’un tsunami avec une vague de plus de 10 mètres de haut, a provoqué de 25 000 à 30 000 morts et disparus, c’est-à-dire,  11 à 13 fois moins de victimes. Quant au Chili, secoué à son tour un mois après Haïti, un séisme de magnitude 8.8 faisait, là, “seulement” 555 morts.

D’un habitat rural dispersé vers  des cités saturées
En ce sens nous avons analysé les causes qui ont conduit à ces mauvaises conditions de logement. De prime abord il y a la question historique. La seule possibilité d’échapper vivant à l’esclavage avant la guerre d’Indépendance, restait le marronnage dans les mornes abrupts, avec pour conséquence un habitat dispersé. Par la suite l’Etat national prit le relais de l’Etat colonial mais les paysans hésitèrent à entrer totalement dans l’Etat-nation. L’habitat dispersé a subsisté comme un paravent protecteur.
Désormais, l’attrait de la modernité, l’électricité, l’eau courante, l’éducation classique, la formation, les métiers, le salariat, une autre vie sociale etc., exercent des tentations que l’habitat dispersé dans les mornes ne peut satisfaire. La vie en ville, du point de vue de nos paysans, est désormais de loin meilleure que celle de la campagne. D’où l’émigration en masse. Dans le schéma classique, on descend vers la ville la plus proche, puis on gagne la capitale régionale, puis la capitale nationale et cela déborde sur l’étranger (forte diaspora, boat-people, flying-people, deuxième, troisième génération etc.)
Par ailleurs, nos villes dans leur majorité datent de l’époque coloniale. Elles sont côtières, tournées vers l’ancienne métropole et l’extérieur, et donc potentiellement exposées aux tsunamis. Leur tracé, pour la plupart, date de cette époque. A titre d’exemple, Port-au-Prince, la capitale, était conçue pour héberger 400 000 personnes. Aujourd’hui c’est une mégapole de plus de 2 millions de personnes. Tous les chefs-lieux de département, le Cap-Haïtien, Gonaïves, les Cayes, Jacmel, Jérémie etc., à l’exception notoire de Fort-Liberté, excentré à l’extrême nord-est du pays, débordent de population. Deux villes, sous-capitales régionales, Saint-Marc dans le Bas-Artibonite et Ouanaminthe à la frontière nord avec la Dominicanie, participent du même mouvement.
Pour entasser tout ce monde, on a commencé par construire sur toute l’étendue des propriétés en les morcelant à l’extrême, éliminant toute voie de secours en cas d’urgence. A l’intérieur des maisons, c’est le règne des familles élargies : plusieurs générations, des cousins et même des familles amies vivent sous le même toit. Les besoins se faisant toujours sentir, on a rajouté des étages aux maisons. Face aux cyclones qui, contrairement aux séismes, sont annuels, et à la pénurie de bois de construction, le béton devînt un mode de construction généralisé. Et pour ceux qui n’ont pas trouvé place dans ce schéma, faute de moyens la plupart du temps, ils viennent grossir les bidonvilles dans des zones très fragiles du point de vue environnemental, et dangereuses humainement et socialement.
Les crises politiques successives ont empêché la construction d’un état moderne capable de défendre les intérêts à long terme de la nation. D’où l’absence de véritable plan d’aménagement du territoire et de réels règlements d’urbanisme. Pour la plupart ces crises ont comme origine la volonté de certains groupes de contrôler l’économie du pays et de se réserver le bénéfice exclusif de rentes lucratives. De fait ces ambitions ont aussi empêché le développement d’une économie moderne, compétitive, intégrée internationalement et capable de satisfaire les besoins et aspirations de la population. Comme cette population est de plus en plus pauvre, vivant dans sa majorité avec moins de 1 dollar américain par jour, elle non plus, coincée en ville, n’a pas les moyens de construire suivant les normes et les règles de sécurité.

Les ONG s’engouffrent dans l’espace laissé vacant par l’Etat haïtien
En juin 2010, officiellement, nous étions plus de deux millions sous les tentes dans les camps. Et d’après certaines estimations, presque autant, dans les quartiers, dans les cours, chez les amis, etc. Grâce à la solidarité internationale, il n’y a pas eu de grande famine ou de grande épidémie. La plupart des sinistrés ont reçu dans un premier temps de l’eau potable, des bâches en plastique, puis des tentes et de la nourriture. On initia  le « cash for work »  qui permit à quelques familles d’avoir un semblant de revenu.
Officiellement, selon les statistiques, l’épidémie de choléra a fait près de 5 000 victimes. Pour l’heure elle semble avoir été contenue, malgré quelques poussées locales, et cela encore grâce à la solidarité internationale.
Plus récemment, on commença à construire de façon timide des abris semi-temporaires. Tout cela fut principalement le travail d’une multitude d’ONG et des organisations internationales, qui investirent le pays et occupèrent l’espace laissé vacant par l’Etat, qui n’a su ni donner un cadre à la coopération, ni au moins coordonner l’aide.
On pourra reprocher beaucoup à ces organisations : l’inexpérience de certaines, la jeunesse de la majorité de leurs cadres, leur idée fixe sécuritaire, leur méconnaissance de la réalité haïtienne, un train de vie sans aucune mesure avec la réalité haïtienne, surtout en ce qui concerne les OI (organisations
Internationales) et quelques grosses ONG. Si nous n’oublions pas qu’elles ont eu le grand mérite d’être là dans l’urgence qui prévalait et de supporter les victimes, leur présence en nombre pèse aujourd’hui lourdement sur notre économie : déstructuration à long terme du marché du travail via des rémunérations sans commune mesure avec les salaires haïtiens, pression à la hausse sur les loyers et les prix, concurrence déloyale qu’elles opposent aux acteurs locaux… Enfin leur action manque parfois cruellement de supervision avec pour conséquence : non-intégration des programmes dans un plan global de sortie de crise, caractère micro, isolé et non pérenne des interventions, nombreuses duplications de projets, etc…

L’impuissance et l’incurie de l’Etat
L’Etat, à l’image de notre chef de l’Etat, a eu l’attitude d’un spectateur. Rien n’était prévu, aucun plan, aucun stock. Il a mis du temps à entrer en action et son attention principale s’est focalisée sur l’aide internationale. Les mesures jusqu’ici envisagées, le réaménagement du Centre-ville de Port-au-Prince, quelques logements au Bel-Air, ressemblent plus à du populisme éhonté face à l’ampleur de la détresse des familles.
A propos de l’aide internationale, des milliards ont été promis, des contrats ont été signés, des réunions ont lieu par-ci par-là, mais jusqu’à présent rien n’est visible sur le terrain. Même le déblaiement de la capitale n’a pas véritablement commencé.  L’Etat peut encore  inviter des sociétés spécialisées dans le domaine du recyclage et de la valorisation des déblais.
Nous avons grand peur qu’ils envisagent de reconstruire, au mieux, à l’identique. L’Etat haïtien et certaines organisations internationales s’enorgueillissent du fait que les places publiques sont progressivement libérées. Mais pour y parvenir, on supprime toute forme d’assistance, même les services de base, tels la livraison d’eau potable, la gestion des toilettes, la surveillance sanitaire, malgré les risques, surtout à l’approche de la nouvelle saison pluvieuse, on harcèle et en fin de compte on profite de la détresse des familles pour négocier leur départ à bas « prix ». Il y a le cas de ces familles qui ont pris refuge sur des terrains privés. A Port-au-Prince, leur population est estimée entre 30 000 et 
50 000 personnes. Elles sont expulsées ou menacées de l’être constamment.
En dehors de toute polémique sur les chiffres, nous pensons que la première responsabilité des pouvoirs publics n’est pas de libérer les places publiques, mais de s’assurer que toutes les mesures sont prises pour que toutes les familles haïtiennes aient un logement décent, sécuritaire et adéquat. Avant le tremblement de terre, le déficit de logement en Haïti, sans compter les bidonvilles et l’habitat misérable de la campagne, était estimé à plus de 200 000. On estime que le séisme en a détruit autant. La migration interne est toujours très forte ainsi que la croissance de la population. Jusqu’ici on n’a pas entendu parler de plan de logement faisant face à cette forte augmentation des besoins. Où vont-ils se loger ceux qui ont quitté les places publiques ?
La population semble vraiment livrée à elle-même.

Des exemples à suivre ?
Corail-Cesselesse, une zone déclarée d’utilité publique à la sortie nord de Port-au-Prince afin de reloger les sinistrés, a été dans un premier temps envahi par toutes sortes de gens venus de partout. L’Etat, appuyé par les ONG et les OI, a eu du mal à faire venir les sinistrés du Centre-ville de Port-au-Prince. Seul un pourcentage de la population réfugiée sur le terrain de golf de Pétion-Ville a pu bénéficier d’abris temporaires. Aujourd’hui la zone est divisée en 4 parties.
La zone modèle appelée Corail compte 6 sous-secteurs et abrite une population d’environ 30 000 personnes. Les rues sont bien tracées, les maisons alignées, les toilettes et les douches entretenues et l’approvisionnement en eau régulier. Jusqu’ici. Face aux souffrances dues au tremblement de terre et aussi aux intempéries de l’année dernière, les familles apprécient ces maisonnettes de 12 à 15 mètres carrés, en tôle épaisse, aux murs en contreplaqué, à l’ossature en bois 2×4, au sol en béton, dans le désert, loin de la ville, comme des  aubaines. Et courageusement ils tentent de reconstruire leur vie. Ils plantent des légumes, des arbres, du maïs, aménagent la petite galerie en boutique, etc. Le poste de police géré conjointement par la Police Nationale d’Haïti et la UNPOL, à part quelques rares incidents graves, ne recense que des conflits conjugaux, surtout ayant trait aux droits sur la maisonnette.
A côté de Corail, on recense les camps dénommés Canaan et Jérusalem par leurs résidents. Ils tiennent pourtant plus du Far West que de la Terre Sainte. La majorité des résidents ne viennent pas des camps. En bandes ou en armes, on a accaparé des terres, on vend, on afferme, on construit en dur sans aucune norme. De gros capitaux sont investis. On a même foré des puits artésiens. C’est le début de « l’hyperbidonvillisation ». Les ONG ne sont pas les bienvenues. Population estimée fin mars 2011, entre 
40 000 et 60 000 personnes.
Un peu plus loin, directement sous les contreforts de la montagne, à côté d’un projet moderne de lotissement de l’Office National d’Assurances Retraites (ONA), on recense le Camp dit ONA. Les sinistrés rechignent à s’y installer car ses maisons sont réputées suffocantes de chaleur. Population estimée, fin mars : 30 000 personnes.
Même à Corail et ONA, quand la gestion sera devenue entièrement autonome, combien de temps ces familles nombreuses de 5 personnes en moyenne, sans possibilité d’emploi autre que le petit commerce de détail, pourront-elles tenir dans ces maisonnettes de 12 à 15 mètres carrés, sans toilettes, sans douche familiale, sans canal d’évacuation des eaux usées et des eaux de pluie, sans eau courante ni électricité, sans équipements et encadrements sociaux ?
Il est donc plus que temps de penser au logement définitif. D’autant que la menace est plus que jamais présente.

Haïti étant situé sur deux plaques tectoniques, la probabilité de tremblements de terre suivis de tsunamis est très grande. Il y en a eu dans le passé en Haïti, notamment celui de 1842 qui décima la population du Cap-Haïtien. Le tremblement de terre du 12 janvier a en fait révélé l’existence d’une nouvelle faille. La faille Enriquillo menace toujours la partie sud d’Haïti et la zone métropolitaine encore densément peuplée (environ 15 000 h/km²). Les instituts spécialisés de la région signalent que la faille septentrionale, qui traverse tout le nord du pays jusqu’à la ville de Santiago en République Dominicaine, est en activité. On se doit d’être inquiet et de souhaiter au plus vite un changement de modèle dans l’occupation de l’espace haïtien par la population.

Le logement, priorité numéro 1
A MOSOSAH, en attendant que l’Etat haïtien se réveille, nous pensons que la société civile doit mieux s’organiser, afin d’apporter de façon efficace sa contribution à la nouvelle construction nationale. Nous ne pouvons plus ignorer les besoins fondamentaux de ces centaines de milliers de familles sans-abri et nous devons tenir compte de toutes les contraintes qui pèsent sur la population. La sécurité nationale jusqu’à la survie de la nation en dépend.
L’accès au logement doit être, à l’heure actuelle, la priorité numéro 1. Le logement est aussi un axe transversal qui peut non seulement résoudre un problème social crucial mais également contribuer à :

  1. Relancer l’économie
  2. Créer des dizaines de milliers d’emplois
  3. Relever sérieusement le niveau de sécurité du pays
  4. Améliorer considérablement les conditions sanitaires de la population
  5. Améliorer la qualité de l’éducation
  6. Participer à une meilleure gouvernance du pays
  7. Favoriser l’insertion sociale
  8. Favoriser une politique de justice et de réconciliation sociale
  9. Améliorer l’urbanisme existant
  10. Renforcer les pratiques démocratiques, etc.

Un plan pour les 15 ans à venir
Nous préconisons la construction à travers tout le pays d’environ 400 villages modernes, intégrés, de 2000 familles chacun, avec tous les équipements nécessaires (écoles, centres de santé, marché, cimetière, gare routière, lieux de culte, place publique, centre commercial, aires de sport et de récréation, etc.) dans des lieux jugés sans risque pour l’homme et pour l’environnement et capables de nourrir cette population. Avec un objectif de 800 000 logements, nous pourrons compenser les déficits actuels, soit environ 400 000 logements et faire face à l’accroissement d’une population qui, selon les projections de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique, tournera autour de 12 557 000 habitants à l’horizon 2025.
Nous n’excluons pas l’aménagement de villages ou de lieu- dits déjà existants, ni le réaménagement de certains quartiers des villes. Mais auparavant il faut réorganiser l’espace, décongestionner, élargir les voies d’accès, créer de véritables trottoirs, diminuer l’emprise des bâtis sur le sol, créer des espaces verts, prévoir des lieux de recréation, de détente et de sport, prévoir pour chaque maison ou immeuble une voie d’urgence accessible aux pompiers, ambulances et autres secours en cas de catastrophe, etc.
Un programme d’envergure pour le logement, bien pensé, bien planifié, avec des appels d’offres pour les services et l’approvisionnement, l’utilisation de matériaux locaux, la formation des bénéficiaires, peut diminuer de moitié le prix du mètre carré.
Ces villages seront viabilisés, fonctionnels, propres, agréables, adaptés à nos modes de vie, répondant aux normes d’hygiène, de sécurité, de respect de l’environnement, économiques  etc. Les familles qui ne possèdent rien recevront, à titre conditionnel, en signe de réhabilitation et d’intégration comme citoyen-acteur économique, un emplacement avec un plan de construction et de quoi démarrer la construction. Dans ces villages, on peut réserver un maximum de 500 emplacements pour les familles des victimes du 12 janvier. Ces maisons seront réalisées en auto-construction encadrée.
Ainsi il sera possible de reloger décemment et intégrer socialement et économiquement 
200 000 familles, soit environ 1 million de personnes.
Pour chaque village, selon le profil de ses habitants, selon les potentialités de son environnement, un plan d’accompagnement sera créé avec notamment un plan économique, et à la clé la création de nombreux emplois afin de répondre aux besoins d’activité des habitants et d’éviter qu’ils soient obligés de retourner dans leurs anciens lieux de résidence  inadaptés.
Les 600 000 emplacements résidentiels restants serviront au logement des cadres du pays, des familles qui auront les moyens, des nouveaux couples, des nouveaux migrants, des jeunes professionnels, de la diaspora, aux promoteurs immobiliers, etc. Nous préconisons également la formation de coopératives de logement pour les cadres du secteur privé, les professionnels et les fonctionnaires de l’Etat.
Nous devons réfléchir plus ensemble pour nous accorder sur le détail du comment préparer un tel plan. Quelles sont les expertises nécessaires ? Comment le financer ? Et prévoir un calendrier.
Mososah a encore besoin de l’expertise de chacun d’entre vous pour mener à bien cette noble mission. Nous avons besoin de votre appui afin de convaincre la population haïtienne dans son ensemble, les pouvoirs publics et la communauté internationale, que c’est la voie de sortie de crise la plus sûre.
Le Mouvement a besoin de votre participation, de votre support afin de changer, pour de bon, le cours et de renouer avec la grande, belle et noble Histoire d’Haïti.
Rejoignez-nous !
Tous ensemble nous pourrons y parvenir